BITD française sous pression : l’alerte de l’État face aux menaces hybrides

Dans un contexte international marqué par les tensions et la guerre informationnelle, la base industrielle et technologique de défense (BITD) française est menacée. Véritable colonne vertébrale de la souveraineté nationale, elle est aujourd’hui la cible d’une intensification sans précédent ; en première ligne des industries et organisations attaquées.
La Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) tire la sonnette d’alarme : la résilience de cet écosystème stratégique est mise à rude épreuve.
Une explosion des attaques aux visages multiples
En 2024, la DRSD a recensé entre 500 et 550 atteintes à des entreprises stratégiques, soit près du double des chiffres observés en 2020. La cartographie des menaces met en évidence plusieurs vecteurs :
- Facteur humain : 36 %
- Atteintes physiques : 18 %
- Cyberattaques : 15 %
- Prédation capitalistique : 13 %
- Risques juridiques : 9 %
- Atteintes réputationnelles : 6 %
Mais le véritable danger réside dans la convergence de ces attaques : des opérations combinées, coordonnées, et parfois menées avec une logique quasi-militaire.
Des modes d’action hybrides et persistants
- Le facteur humain, talon d’Achille. Les ingénieurs, techniciens et cadres restent des cibles privilégiées via le débauchage, les faux entretiens, l’infiltration ou le chantage. Exemple : une tentative d’ingérence chinoise dans une entreprise aéronautique française, récemment déjouée grâce à une sensibilisation par la DRSD.
- Les attaques physiques. Sabotages, incendies criminels et intrusions se multiplient. L’incendie d’un transformateur ayant paralysé une usine de drones illustre cette vulnérabilité, souvent exploitée par des mouvances radicales.
- La menace cyber. En forte hausse (+50 à +60 % selon les sources), les cyberattaques ciblent autant les grands groupes que leurs sous-traitants, notamment ceux impliqués dans le soutien à l’Ukraine. Malgré des progrès en cybersécurité, les attaques opportunistes ou ciblées restent redoutablement efficaces.
- La prédation économique. L’acquisition insidieuse de savoir-faire par des investisseurs étrangers pèse sur 13 % des cas recensés, fragilisant la souveraineté industrielle.
- Le “lawfare”. L’utilisation détournée de dispositifs juridiques étrangers, comme l’ITAR américain, est de plus en plus mobilisée comme levier de pression et d’ingérence.
- Les campagnes réputationnelles. Elles visent à discréditer les industriels de défense auprès de l’opinion publique. L’affaire récente ayant visé Naval Group illustre ce mode d’action pernicieux.
Priorités pour renforcer la résilience
Les recommandations de la DRSD et du Rapport national stratégique 2025 convergent vers plusieurs chantiers urgents :
- Sécurité globale : associer sûreté physique, cybersécurité, protection juridique et défense réputationnelle dans une gouvernance unique ;
- Vision globale : identifier l’origine des menaces (États hostiles, activistes, concurrents, acteurs isolés) et les risques associés ;
- Plans de continuité d’activité (PCA) robustes : intégrant cyber, infrastructures critiques, sensibilisation et communication de crise ;
- Investir dans l’humain : renforcer la formation, la sensibilisation et le recrutement de talents de défense. Développer la culture de la sécurité ;
- Veiller votre environnement pour anticiper les tentatives d’ingérence capitalistique ou légale ;
- Coopération renforcée : mutualiser les efforts via clusters, groupements d’industriels et partenariats stratégiques – « chasser en meute » pour accroître la résilience collective.
Un enjeu vital pour les territoires
En Nouvelle-Aquitaine, la BITD représente 384 ETI/PME sous-traitantes pour un chiffre d’affaires de 4,9 Md€. Les sous-traitants, souvent moins armés face à ces menaces, deviennent des cibles de choix. D’autres filières sensibles, comme l’énergie et le numérique, subissent les mêmes pressions.
La BITD française est confrontée à une menace inédite, hybride et systémique, où chaque faille peut être exploitée pour affaiblir l’ensemble de la chaîne industrielle. Dans ce combat invisible, la protection de l’écosystème de défense n’est pas seulement un enjeu de sécurité : c’est une condition de survie pour la souveraineté nationale et le développement économique de la région et du pays.


